entretien
Raj, tome 2 Conrad et Wilbur, Dargaud Bombay, 1831. Alexander Martin, un des rares membres intègres de l'Indian Political Service, enquête sur la disparition mystérieuse de trois notables de la colonie britannique.
extrait présentation Raj, tome 3 Tu fais évoluer régulièrement ton dessin. Tu dessines Raj avec un nouveau graphisme. Pourquoi ce choix ? Conrad : Depuis petit, j'ai toujours dessiné. Le dessin fait complètement partie de ma personnalité, peut-être parce qu'il m'a aidé à me construire. Les différentes évolutions de mon dessin correspondent également à des périodes différentes de ma vie. D'autre part, à mon sens, chaque nouvelle série nécessite une nouvelle approche. Pour "Raj", je voulais que le dessin permette de rentrer complètement dans l'histoire avec un style qui soit proche d'une écriture, sans effets. C'est un dessin plus réaliste que celui de "Tigresse Blanche". Un dessin narratif avant tout, qui cherche un langage commun entre les gravures des récits de voyages du XIXème et la ligne claire. C'est une contrainte, un plaisir ? C'est d'abord une contrainte, car je dois trouver un autre langage visuel pour exprimer des choses que j'avais l'habitude de montrer d'une certaine façon. C'est un processus qui est proche de l'apprentissage d'une nouvelle langue. Je dois chercher, expérimenter jusqu'à ce que je sente que le style graphique auquel je suis arrivé va servir l'histoire que je veux raconter. C'est ensuite un vrai plaisir. Lorsque je me sens parfaitement à l'aise avec ce langage, j'apprécie chaque moment. J'aime avoir des séquences compliquées et dessiner des choses nouvelles. Tes influences ? Il y a bien sûr Franquin qui a été ma première influence. Franquin était un génie du dessin. Il savait rendre la vivacité d'un mouvement, la subtilité d'une expression et la précision du plus petit objet avec une maîtrise parfaite. Ses gags pouvaient être lus sans le texte, tellement son dessin racontait la situation. On peut toujours reprendre ses livres et les relire avec le même plaisir. Ensuite je me suis intéressé à la narration. Hergé est certainement "le maître" en ce domaine. Tous les "grands" de la bande dessinée européenne m'ont influencé à des degrés divers, de Jijé à Hugo Pratt, en passant par Tillieux et Jacobs. Je retrouve parfois des influences manga dans certains de mes dessins. Certains codes de lectures, par exemple. De l'autre côté de l'Atlantique, il y a Milton Caniff et Will Eisner. C'est une façon de t'amuser ? J'aime dessiner, mais ce n'est pas à proprement parler une façon de m'amuser. Le dessin est un moyen de décrire un monde, de donner forme à un univers. C'est pour cette raison que j'ai rarement un carnet de croquis sur moi. Je ne dessine pas pour le simple plaisir de dessiner. J'ai besoin de raconter quelque chose, de traduire une idée, ou de trouver une forme illustrant les traits de caractère d'un personnage. Tu continues en parallèle la série Tigresse Blanche avec un autre style de dessin. Dessines-tu plus facilement une série ? Quand j'ai commencé "Tigresse Blanche", j'étais très à l'aise avec le personnage d'Alix l'ayant beaucoup dessiné auparavant dans "les Innommables". C'était donc très agréable de pouvoir donner la vedette à ce personnage devenue l'héroïne principale. Tigresse blanche est dans un style que j'ai fait évoluer au cours des années et qui m'est complètement naturel à présent. Après quatre ans de recherches, le style de Raj m'est devenu assez familier pour que je puisse passer de l'un à l'autre sans difficulté. As-tu une façon différente de travailler ton dessin d'une série à l'autre ? "Tigresse Blanche" est une série dans laquelle je peux faire passer de la sensualité et de la fantaisie. C'est un style au pinceau, très émotionnel. Pour le réussir, je dois être en forme, avoir l'esprit clair et détendu. Je dois aussi savoir exactement ce que je veux obtenir. La marge d'erreur est très réduite, plus encore quand on dessine un personnage féminin. L'héroïne est une espionne, les scènes d'action sont très importantes. Je dois trouver le plus de souplesse possible dans le jeté du dessin. Pour "Raj", c'est la simplicité du trait qui compte. Le style est descriptif, Je dois trouver le moyen de faire passer une certaine vibration, une chaleur dans un style neutre par nature. Le dessin doit passer par plus d'étapes, être construit et structuré rigoureusement avant d'être prêt pour l'étape finale de l'encrage.
Conrad Raj et Tigresse Blanche : deux séries aux graphismes très différents et dessinées par Conrad. Les explications de ses choix.
'Tigresse Blanche' 'La théorie du Mikado' Conrad & Wilbur, Dargaud 1945, en Asie. Certaines Tigresses Blanches se sont ralliées aux nationalistes. Alix, toujours communiste, est devenue une femme à abattre chez ses anciens camarades. Les services secrets américains proposent de l’aide à la jeune espionne chinoise contre sa coopération…
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