Tigresse Blanche, La théorie du Mikado de Conrad et WilburDécouvrez ' La Théorie du Mikado', le premier tome du deuxième cycle de 'Tigresse Blanche'.
Conrad et Wilbur vous dévoilent des éléments essentiels de la nouvelle aventure d'Alix, l'héroïne communiste.
extrait: cliquez ici Conrad et Wilbur vous offrent un rendez-vous inédit !
Tigresse Blanche, tome 6 :
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Entretien Conrad pour Tigresse Blanche, tome 6 :
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Enrique Pasapini : Reprenons... Vous ne continuez pas
Raj, tout de même ? Conrad : Bien sûr que si. Nous comptons faire environ 3 histoires de deux albums chacune. Wilbur : Nous travaillons sur le tome 3. E. P : Quelqu’un m’a fait la remarque que cette série aurait été formidable en 1960... W : Ce quelqu’un a raison. Comme le bon vin, une série gagne avec les années. 1960 était un excellent cru. C : Sérieusement, il n’aurait pas été possible de raconter cela en 1960. Les colonies étaient un objet de nostalgie, et le public avait encore une optique très "Tintin au Congo".1960, c’était au tout début du mouvement des droits civiques aux USA et la ségrégation était encore de rigueur dans les États du Sud. Nous vivons une époque où un africain-américain est élu président du pays le plus puissant du Monde. E.P: Quel rapport ? Raj se déroule aux Indes en 1831. W : Je vais expliquer plus lentement. Raj n’est pas une dénonciation du colonialisme. Raconter une histoire se passant en 1830 aux Indes nous permet de faire un retour sur les origines du colonialisme. Ce qui est intéressant c'est de trouver les parallèles qui existent avec les abus des pouvoirs en place, aujourd'hui, à l’heure de la globalisation. E.P : C’est pas évident votre truc. Quel parallèle y avait-il dans la première histoire ? Je n’en vois aucun. W : Par exemple, vous retrouvez l’attitude britannique colonialiste dans la politique américaine au Moyen-Orient aujourd’hui. E.P : Tiens, oui, c'est vrai. Mais c’est très général... Et dans le troisième tome de Raj, il y a quelque chose de plus spécifique ? C : Nous partons des thugs, les célèbres étrangleurs de la secte vouée à Kali. Nous comparons la lutte de la Compagnie des Indes contre les thugs avec la chasse aux terroristes aux USA. W : Il y a eu les mêmes raccourcis juridiques dans les deux cas, des pouvoirs extraordinaires ont été donnés aux forces de l’ordre sans supervision ni contrôle. Pour résumer, un indigène pouvait être accusé de thuggisme sans preuve et être reconnu coupable sans recours possible. La dénonciation et la torture étaient des procédures habituelles et admises. E.P : Mais pourquoi raconter ça puisque cela se passait il y a si longtemps ? Ce serait plus simple de faire un thriller contemporain. Le héros pourrait tomber amoureux d'une terroriste et ils feraient l'amour sur une bombe sur le point d'exploser. On la verrait nue mais elle garderait son tchador par respect pour sa religion. W : C'est une idée intéressante, mais nous avons choisi le contexte de Raj pour avoir le recul nécessaire. Plus personne n’a peur des thugs, mais on peut comprendre la peur et l’horreur qu’ont ressenties les Britanniques si l’on compare avec la peur que suscitent les terroristes d’aujourd’hui. Le décalage permet de voir d’un oeil plus objectif les abus des Britanniques...et à deux siècles de distance, on identifie les mêmes attitudes, les mêmes erreurs qui se répètent. E.P : Bon. Admettons. Mais pourquoi faire ce style graphique démodé ? C : Le style de la ligne claire est le meilleur outil pour traiter de ce genre d’idée. Le colonialisme est associé à une vision du Monde plus simple, où le bien et le mal, le noir et le blanc sont clairement définis. La ligne claire refuse l’ambiguïté. W : D’autre part, le style évolue d’une histoire à l’autre. Dans les deux premiers tomes, les cadrages sont très classiques, les plans vont de la vue panoramique au plan américain, il y a très peu de gros plans et les pages ont quatre strips... Dans le troisième tome, par contre... E.P : Quoi ? Vous allez changer ? Mais pourquoi ? C : L’idée est de faire évoluer le style parallèlement au vécu du personnage principal, qui est très sûr de lui au début et qui perd petit à petit ses certitudes au fil de la série. Les cadrages, la mise en scène deviennent modernes au tome 3. E.P : Comment ? Vous allez vous planter ! C’est du suicide! Vous n’avez pas le droit de faire ça au lecteur ! Je vous vois venir avec vos trucs d'intellos, vous n’allez pas tuer le héros à la fin, au moins ? AAARRG... W : Du calme. Respirez lentement, ça va passer... E.P : (voix très faible) Au secours !... C : J’appelle une ambulance. L'interview s'arrête là. Enrique Pasapini est actuellement en dépression à la Salpétrière et envisage d'ouvrir une boutique pour coprophiles. La semaine prochaine commencera la chronique de la réalisation du tome 3 de la série Raj, où Conrad et Wilbur vous feront découvrir les coulisses de leur travail...
Enrique Pasapini: Est-il nécessaire de continuer des séries au-delà de 5 ou 6 albums ? Wilbur : Tout dépend de la richesse de la série. Pour Tigresse, nous avons un contexte historique mal connu et assez complexe, donc beaucoup à raconter. E.P : Mais vous n’utilisez qu’une idée par cycle. C’est complexe, ça ? W : Le deuxième cycle de Tigresse Blanche est centré sur le trésor de guerre japonais. Mais ce trésor n’est qu’un simple objectif pour tous les personnages. Le véritable sujet est la découverte du rôle profond joué par ce trésor de guerre dans la géopolitique de la guerre froide. E.P : Évidemment, si vous le présentez comme ça…Mais c’est du passé tout ça. Vous croyez que ça peut intéresser les jeunes d’aujourd’hui ? Conrad : Bien sûr, le monde d’aujourd’hui a été façonné par la guerre froide. C’est de l’histoire récente. E.P : C’est sûrement pour cela que Philippe Sollers a aimé votre série. Il est resté très jeune pour ses soixante-dix ans. Vous avez des jeunes lecteurs qui n’aient pas dépassé l’âge de la retraite ? W : Absolument, ils sont étudiants ou au chômage. Il faut qu’ils aient le temps de lire. E.P : C’est assez agaçant cette référence à Sollers sur vos albums. Cela donne l’impression qu’on n’a plus le droit de critiquer ce que vous faites. Vous ne vous la jouez pas un peu ? W : Pas vraiment. Nous vivons dans la terreur qu’il se rétracte. Mais c’est vrai que même nous, nous n’osons plus critiquer nos propres histoires maintenant. E.P : Donc tout va bien, Tigresse est un succès et vous continuez la série. Il y a eu tout de même un changement de scénariste après le deuxième tome… Vous êtes brouillé avec le premier ? C : Non, il a décidé lui-même d’arrêter. Il n’avait plus envie de continuer Tigresse ou les Innommables. E.P : Pourquoi ? Il y avait un problème ? C ; Les Innommables étaient arrivés à un cul-de-sac. Ils avaient perdu un peu de leur “pêche”. Quant à Tigresse, je lui avais donné les directions de base et les idées principales. Ce n’était pas vraiment personnel pour lui. Il m’a avoué qu’il avait fait les deux premiers albums avec “un balai dans le c…”. Pour moi, c’était personnel, c’est pour cela que j’avais très envie de continuer. E.P : Y aura-t’il une suite aux “Innommables“ ? C : C’est possible. Si oui, je ferai un cycle de quelques albums qui se passera entre “Shukumei “et “Aventure en Jaune”, avant que Mac ne rencontre Alix. E.P : Vous le feriez avec Wilbur ? C : (à Wilbur) Est-ce que ça te plairait ? W : Je ne fais pas de travail de commande (rires). Sérieusement, je réfléchirai avant pour voir ce que je pourrais apporter à la série. Sinon, Didier n’aura qu’à le faire tout seul. Il peut très bien se débrouiller. E.P : Vous ne travaillez qu’avec Conrad ? W : Je ne suis pas une bête de production scénaristique. Deux scénarios par an, plus un ou deux sur lesquels on travaille mais qui n’aboutissent pas forcément suffisent pour m’occuper. E.P : Vous n’êtes pas tentée de travailler avec d’autres dessinateurs ? W : Si je trouve une histoire que Didier ne peut ou ne veut pas faire, oui, pourquoi pas ? E.P : Ah, ah ! Le masque tombe! Il y a donc des choses que Conrad ne peut pas faire ? C’est pour ça que vous changez de style si souvent, pour masquer cette incapacité ? C : Tout à fait. J’essaye d’élargir mon rayon d’action, mais je suis meilleur dans un certain registre. Par exemple, le réalisme pur ne me tente pas. J’ai déjà beaucoup de mal à lire une BD réaliste. Il faut vraiment qu’elle soit très bien faite. E.P : Ne partez pas, je n’en ai pas fini avec vous…
Raj, tome 3 :
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